jeudi 7 septembre 2017

Le Voyage sur la mer, Ocean's Songs

Ocean's Songs, Olivier de Kersauson





le Voyage sur la mer

"C'est toujours comme ça que j'ai vécu le voyage. Cette infinité de bleus, de lumières, et ces arrivées de nuit ouvrent mon coeur en deux. Je voyage pour la nuit, qui est forte, lourde, présente, épaisse, dense, et qui est digne de l'absolu que je recherche depuis mes vingt ans. Les paysages, les endroits, les villes traversés ne figurent pas pour autant dans mon herbier car je ne garde rien de matériel de mes passages. Mais il est aussi important de dire que je retrouve cet absolu du voyage maritime dans le rire des gens que je rencontre.
Je suis un animal humain qui refuse les larmes. Elles sont pour moi comme toutes les adresses chiffonnées que j'ai perdues. Probablement des évasions d'êtres chers que j'ai refoulées et qui m'apparaissent parfois comme une crête de vague. Mon acrobatie consiste à échapper au piège des larmes. Ne jamais se laisser toucher par l'archer du malheur exige de porter une armure. Si bien que je me dis que je dois dormir avec depuis soixante-quatre ans. Parfois, elle grince mais, pour autant, elle ne me pèse pas.
Il n'y a jamais eu un appareillage qui n'ait été un bonheur, il n'y a pas une manoeuvre qui n'ait été un plaisir, il n'y a pas un changement de mer, de couleur, de direction de vent, qui n'ait été une conquête supplémentaire sur ma route de marin. Car naviguer, c'est servir la beauté du monde. C'est une vie dense que celle de marin, une vie remplie et couturée. La navigation est une science sévère qui procure des plaisirs vernis de frais. Je pense que naviguer est un exercice de foi. J'ai tiré du bien et de la vertu de ce métier parce que je l'ai pratiqué librement.

J'ai vécu dans l'idéal du navigateur-voyageur que je me suis construit. Je suis comme le chasseur mais à la seule différence que je n'accroche pas au bois de cerf mon feutre quand je rentre de mes grandes battues transatlantiques. 
J'ai cherché ces trophées à coups de dents (...). Le reste du temps à terre, je ne sers à rien. En mer, je sers à quelque chose, j'ai une raison d'y être car le marin se nourrit de périls. (...)
Ma pensée ne se repose qu'en mer. Je ne fuis pas mes semblables. D'abord, pour être honnête, ils ne m'intéressent qu'assez peu pour que je les boude vraiment. Je vais en mer pour puiser une réserve d'érudition. J'ai besoin de ce parfum du large qui me fortifie. Mon coeur se retire des sens giratoires. Il est comme neuf. Je vais vers cette restitution envisagée depuis quarante ans. Vers les propriétés morales laissées par Tabarly, vers les griffures de la mer."

"Et ce qui fait la beauté des choses, c'est notre attitude personnelle"




"Et ce qui fait la beauté des choses, c'est notre attitude personnelle", Olivier de Kersauson.

mercredi 19 juillet 2017

Le Caire confidentiel : "On ne gagnera jamais contre le Mal. Il faut le faire - pas parce que cette lutte est efficace, mais parce qu'elle est belle."






Dans la boursouflure de la nuit, la noirceur de l'âme humaine suit de son ombre les sombres destins de femmes livrées à la cruauté d'un monde d'hommes corrompus et sans merci. Ces hommes, loups avides, errent, se terrent, dans un monde déchiré par l'argent et la violence, ou honneur et fierté sont livrés en pâture aux pires vices du genre humain. Dans la moiteur et la crasse de la ville, Tarik Saleh dessine les contours glacés d'un monde dominé par la cupidité, la peur et la perfidie. 

Des chants sublimes, bribes de poésie et de liberté, voix humaines en terre de feu, survolent parfois le débit incessant de la laideur et de l'oppression, scandant par leur fragilité, leur légèreté sourde, les prémices d'une révolution historique tournée vers la liberté et le respect des êtres et des mémoires. La grâce, la pureté de ces voix qui surgissent, ombres furtives et lumineuses, heurtent de plein fouet le commandant Nourredine, protagoniste enlisé dans une vie faite d'automatismes et de désillusions, de petits calculs et de viles ambitions. Celui-ci entrevoit à nouveau le faisceau de la vérité, et s'éveille à sa façon à la justice, à l'équité et au Bien. La compassion et la droiture se fraient donc malgré tout un douloureux chemin sans issue et sans retour possible, dans le pas claudicant d'un héros à contre courant, et à travers une faune urbaine toujours plus menaçante. L'aube qui point porte en effet en elle son lot d'espoirs déçus et de vaines luttes, celles qui saisissent les hommes de foi et de paix dans un monde impitoyable qui n'a que faire de leurs infantiles babillages. Car ces chants de toujours, hymnes à l'amour immuables et éternels, témoins d'un raffinement à peine supportable dans un récit marqué par la lourdeur des faits et la dureté des maux, tournent court quand la trivialité de la vie reprend ses droits et jette à la figure de l'innocence le monstrueux embryon du Mal, défigurant ce qui un temps, avait repris forme humaine. 
Alors que faire? Doit-on abandonner tout combat au profit du salut terrestre et du "flouze"?

Et Tarik Saleh de conclure, dans une interview l'obs:
"On ne gagnera jamais contre le Mal. Il faut le faire - pas parce que cette lutte est efficace, mais parce qu'elle est belle."




mardi 6 juin 2017

Flowers

Fragilité incandescante d'une fleur de jardin...





 Liberté pétillante d'une fleur des champs!



Perfection sophistiquée d'une "raised to please" flower.